jeudi 6 octobre 2016

Sur une chaise

Arnedo.
Dans une ambiance bonne enfant et tranquille, la fête au loin résonne des rires sonores et des verres qui trinquent.
Carlos le mozo de espada apporte un café et un verre rempli de glaçons.
Dans la pénombre de la chambre qu'il vient troubler de la lumière du couloir,  tout est calme.
A peine quelques mots chuchotés déchirent le silence.
Il est seize heures dix et dans à peine plus d'une heure, Adrien ira à la conquête du Zapato de Oro.
Il ne sait pas encore que ça sera un autre qui l'emportera mais pour l'instant tous les espoirs sont permis.
D'un bond il va sous la douche laissant sans un regard au pied du lit cette chaise sur laquelle repose son costume, sa montera, son capote de paseo.
Pourtant ce costume il l'aime c'est celui de ses débuts, celui que sa peña lui a offert. Sur mesure, neuf....tout un symbole dans une carrière qui débute!
Une heure durant , il va s'en revêtir...méticuleusement, doucement, sortant peu à peu de sa condition d'homme pour se faire torero.
Les notes du flamenco de Manuel Molina emplissent la chambre.
Adrien parle avec Carlos, avec Olivier son apoderado.
Adrien parle, parle, parle...pour mieux tromper sa peur , son trac.
Son regard reste espiègle et rieur , le verbe est rapide.
Il faut aller chercher en catastrophe un capote et une muleta restés dans son coffre de voiture, la malle du fourgon est pleine à craquer de matériel, mais on ne sait jamais...
Le temps passe, le temps presse...mais ça n'affole pas le torero.
Le maestro Gomez Escorial vient quelques minutes pour de sa voix douce et posée donner quelques conseils.
Puis le silence, la chaquetilla quitte la chaise et vient sur les épaules d'Adrien.
A peine enfilée, il faut partir, "suerte torero". 
Dans la chambre tout se fige, le temps s'arrête.
La chaise vide, attend que les mains de Carlos , la revêtisse du costume souillé par le combat.
Ce soir elle ne restera pas nue, ce soir dans cette chambre d'hôtel la vie reprendra son cours.
 

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