jeudi 24 octobre 2019

Dans le couloir, j'attends!

Dans le couloir j'attends…
En ce dimanche qui hésite en soleil et pluie , l'hôtel Amatcho est rempli de supporters de Clermont venu la veille dompter l'Aviron Bayonnais..
Tout ce beau monde petit déjeune d'un air joyeux , maillot jaune arboré fièrement..
S'ils savaient que cette couleur en tauromachie n'est pas du meilleur goût peut être que ces gens revêtiraient-ils une autre casaque?
Au dernier étage , l'ambiance est tout autre … plus feutrée.
Dans une de ces petites chambres , Rafi se prépare.
Rafi est torero. Depuis tout petit, il n'a d'ambition que d'embrasser cette carrière si singulière…
Nous nous sommes croisés un jour de Pentecôte à Nîmes et avons convenu que mon appareil photo et sa montera se rencontreraient un jour dans l'intimité d'un habillage.
Dans le couloir j'attends…
Je vérifie quelques détails techniques.. prends quelques clichés à vide pour être bien sûr de ne pas galvauder le moment par trop d'imprécisons.
Ces moments là, sont toujours chargés en émotions...jamais anodins, chaque seconde passe tellement plus vite que d'ordinaire.
La porte est ouverte, je ne la franchis pas.
Dans le couloir j'attends..
Avoir presque vingt ans , revêtir un costume de lumières, n'est pas très commun en soi.
Le faire dans une chambre sans charme à onze heures d'un matin d'été, relève d'une étrange liturgie dominicale, dont je vais être le témoin privilégié.
Je rêvais de quoi à vingt ans?
Avoir une vie exaltante , pleine d'aventures. Ne pas être un quidam qui courbe l'échine sous le poids des jours qui passent…Si j'ai fait ce que j'ai pu, mes illusions se sont quelque peu égarées et je ne suis pas sorti du rang: du rêve aux chimères!
C'est sûrement cela que j'admire le plus chez ces hommes qui ont choisi un chemin différent.
Libres penseurs, libres faiseurs, ils creusent leur sillon ,  quelque soit le prix à payer.
Dans le couloir je n'attends plus, et je rentre dans la pièce essayant de trouver ma place sans trop déranger.
Clément , le mozo regarde déjà sa montre tandis que Rafi, cheveux rendus hirsutes par la douche aimerait trouver de quoi se sécher la tignasse...la musique remplit la pièce , les paroles se font plutôt rares.
Le torero prend son temps pour revêtir peu à peu son costume gris perle dans un rituel bien huilé, que le déclencheur de mon appareil trouble à peine.
Dans un presque compte à rebours, Clément rythme les derniers gestes.
Brassens chante "les copains d'abord".
Le temps d'un passage devant le miroir pour vérifier les derniers détails et d'enfiler la chaquetilla et la chambre se vide laissant Rafi à quelques instants d'intimité.
Dans le couloir de nouveau j'attends...
J'aime cet instant quand la porte s'ouvre et que tout retour en arrière est impossible.
Dernier tour de clé et d'un pas décidé le torero part à la rencontre de son destin.
Si à vingt ans on a plein de projets , à bien plus de cinquante on collectionne déjà les souvenirs!
C'est pour cela que dès que je pourrai, dans un couloir j'attendrai de nouveau. 





vendredi 18 octobre 2019

Le torero et l'enfant

Bayonne mai 2015.
C'était le temps d'une rencontre avec des enfants.
Le temps des rires, où le futur se conjugue au présent, où les masques tombent pour révéler sans fard la vraie nature des âmes et des sentiments..
Dans un instant de grâce, le rire d'Ivan Fandiño et de la jeune Lysea se mêlent en irradiant les arènes entières.
Quelques secondes auparavant, dans un pas de deux improvisés, ils vont faire tourner autour d'eux un petit veau.
Au fil du temps, Lysea s'accroche de plus en plus aux bras protecteurs du torero dans une étreinte allant grandissante et touchante.
Fandiño rend les armes devant tant de fougue.
Dans un rire conjugué qui explose en éclats , ils reviennent aux barrières unis dans une complicité que l'on pourrait croire ancienne…
Dans cette journée chère à ma mémoire, je me rappelle de ce jeune garçon autiste se laissant apprivoiser par le lion.
Devant les yeux de sa maman émue il accepta d'être guidé, donnant sa confiance sans retenue lui naturellement si distant, si méfiant.
Personne ne se rendit compte de sa différence!!!
Quelle leçon!
Un enfant ne triche pas et sait vous rendre immédiatement ce que vous lui donnez, magie de l'innocence!
Cocteau disait "la haine est absente d'une corrida , n'y règnent que la peur et l'amour!". Ce cliché en est la simple et parfaite illustration, c'est sûrement pour cela qu'il continue à m'émouvoir quand je le regarde.

jeudi 3 octobre 2019

Comme dirait Cambronne!

D'aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours aimé la corrida.
Toujours ? C'est peut-être un tantinet exagéré mais depuis ma journée initiatique le 14 juillet de l'an 73 du siècle dernier cette vérité s'est imposée à moi.
Pourtant mes parents ne sont pas aficionados pour deux sous.
Ont ils été complètement inconscients et indignes de me laisser le choix alors que je n'avais que huit ans de suivre mes cousins dans arènes de Lachepaillet ?
Ont-ils fait de moi un abject proselyte assoiffé de violence et de sang traumatisé à jamais ?
L'annonce d'un projet de loi visant à interdire aux mineurs de moins de 16 ans l'accès aux corridas pourrait le faire penser...
Tartufferie!!Moralité à deux balles , bien-pensance nauséabonde et castratrice!
Sur quelle base , nos éventuels législateurs s'appuieront-ils pour justifier de la nocivité de la corrida sur le développement mental de nos chères têtes blondes?
Dans une époque gangrénée par la haine et la violence, c'est d'une absurdité sans nom.
Devenu grand et parent à mon tour, j'ai laissé mes enfants découvrir la corrida, laissant leur libre arbitre décider du moment… Ils ne seront pas aficionados.
Ni révulsés, ni traumatisés. Pas forcément indifférents aujourd'hui jeunes adultes il leur arrive de loin en loin de fréquenter une arène sans passion mais aussi sans culpabilité.
De quoi devrait-on se sentir coupable?
Les animalistes de tous poils n'auront aucun mal à psalmodier leur litanies d'arguments spécieux et d'insultes ostracisantes.
Pour ma part, je n'ai aucun mal à admettre que l'on soit choqué profondément par la tauromachie. Je suis tout aussi choqué que l'on veuille la réduire dans une lecture au premier degré, à un simple anachronisme survivance de temps anciens qu'il convient de supprimer, au nom des dictats des nouvelles façons de penser.
"La garde meurt mais ne se rend pas" aurait dit le général Cambronne aux anglais le sommant de déposer les armes lors de la douloureuse bataille de Waterloo.
On sent bien quelque part que l'étau se resserrant, nous aficionados, finirons peut-être par en être réduit à dire la même chose à nos adversaires de tous poils.
Alors tant qu'il en est encore temps , je retiendrais plutôt la version du moment par Victor Hugo pour la faire mienne  qui fit dire au même homme, en une version plus abrupte de la réponse du général, un simple "merde".
Voilà mesdames et messieurs les censeurs , je vous emmerde…
Et si cela ne fait pas avancer la cause , au moins ça me soulage!!!

NB: Cambronne ne mourut point et finit par se rendre!!


jeudi 26 septembre 2019

Dans l'oeil de Cayetano

Il y a bien longtemps en 1984, dans un bled d'andalousie , Paquirri rencontrait le corne d'Avispado.
Mortellement touché, l'enfant de Barbate ne put supporter le transport vers Cordoue qu'un corps médical dépassé devant le peu de moyens de l'infirmerie avait fini par ordonner.
Cette date pour les aficionados restent bien entendu particulière mais comme avec le temps tout s'efface parait-il,  elle n'est devenue pour beaucoup qu'un moment tragique de plus de l'histoire taurine d'un torero rentré dans la légende..
Pour Francisco et Cayetano , c'est un père qu'ils ont perdu, qu'ils ont trop peu connu.
Je ne sais pas ce que l'on peut ressentir de grandir sans papa , sans cette figure tutélaire nécessaire  pour se construire ...
C'est en tout cas, une étrange trajectoire que celle qu'ils ont choisi en épousant la profession qui a fauché leur père .
Il y a à peine plus d'un mois dans une anonyme corrida à Huesca , mon objectif a rencontré l'oeil de Cayetano.
Dans cet oeil , mes vieux souvenirs ont ressurgi.
Dax 1977, l'orage , Cariñoso d'Atanasio Fernandez, les deux oreilles et la queue, une faena d'anthologie à jamais dans mon panthéon personnel.
Paquirri était un maestro, un torero poderoso, un de ceux que l'on ne donne jamais perdant et pourtant...
A Huesca, Cayetano n'était pas décidé , irrité par le vent, les toros.
Peut-être se souvenait-il qu'en ces lieux en 2015 , Fran Rivera son frère faillit perdre la vie subissant un terrible coup de corne.
Le destin plus clément, l'épargna ...
Fran heureusement n'aurait de point commun avec son père que le sobriquet de "Paquirri" dont il s'affubla dans une fin de carrière poussive allant jusqu'à planter (sans grand talent) les banderilles dans un mimétisme racoleur et inutile.
Cayetano, épousa la carrière tardivement et sa belle gueule fait souvent la une des magazines people faisant de lui , un torero de papier glacé.
On ne saura jamais si en ce funeste jour de septembre , la médecine avait pu sauver Paquirri, ses deux enfants auraient choisi d'épouser la carrière taurine, traquant sûrement quelque démon personnel.
En tout cas en ce 13 août dans cet oeil clair qui me regardait c'est un peu de mon adolescence que je revis .... c'est un peu de Paquirri qui me fixait , et son souvenir qui me traversait.
Il y a trente cinq ans Francisco Rivera Perez "Paquirri" nous quittait

dimanche 12 mai 2019

A quoi bon penser à demain?

Séville se languit.
Morante n'est plus vraiment lui-même.
Capable de fulgurances sublimes et inabouties, la flamme de l'artiste de la Puebla n'a plus la vigueur d'antan.
Séville attend.
La statue de Curro devant la Maestranza devient lieu de pèlerinage.
On y retrouve l'âme taurine de l'endroit, faite d'élégance ,de fierté et d'un certain minimalisme.
En cette semaine de mai de la feria d'avril , Juli et Roca Rey ont soulevé l'enthousiasme d'un public que l'on dit différent d'avant.
Séville soupire.
Quand pourra t'elle s'abandonner sans se renier?
Du bout des lèvres elle flirte avec Pablo Aguado depuis que par une chaude nuit d'été alors jeune débutant , il fut à deux doigts de sortir en prince par cette porte qui fait rêver tout torero qui foule ce sable à la couleur si spéciale.
En ce vendredi, Séville va se rendre.
En une faena courte et intense Aguado ressuscite Pepe Luis Vasquez.
Les olés de la foule se font caresses.
Porté par cet amour enfin exprimé sans retenue, Pablo s'ouvre.
Plus de place au doute, tout n'est plus que douceur et don de soi.
Séville chavire.
La Maestranza se met à nu lors du deuxième acte , corps et esprit lâchent prise à l'unisson. Impudique , elle jouit de l'instant, crie son plaisir en un flot ininterrompu.
Blanche jusqu'aux cintres, une marée de mouchoirs colore l'arène.
La puerta del principe s'ouvre en grand au son des "torero, torero" qui donnent le frisson.
Séville est rassurée.
Elle le tient enfin l'héritier de cette tauromachie si andalouse mieux encore si sévillane faite de naturalité et de raffinement.
Pour Pablo tout sourire , emporté par la multitude, il n'est pas encore temps de penser au lourd fardeau qu'il va désormais porter sur ses épaules. Ce n'est pas rien d'être l'élu!
Le soleil tombe sur le Guadalquivir, le crépuscule à peine naissant colore le ciel, une douce chaleur nous enveloppe. A quoi bon penser à demain ?

mardi 2 avril 2019

Quand le temps s'arrête!

Gamarde resplendit sous le soleil d'un printemps frémissant.
En ce trente et un mars, entre hiver et été il a fallu jongler avec le changement d'horaire, un des derniers de notre histoire post choc pétrolier parait-il...
Quand Pablo Aguado prend sa muleta et va donner ses premières passes, peu m'importe les mouvements de balancier des horloges du coin.
Quand le temps s'arrête , est-il nécessaire de changer d'heure?
Sans tomber dans la dithyrambe de pacotille et la flagornerie goujate, Pablo fait chavirer les cœurs.
Vibrant à l'unisson de la douceur de ses muletazos, le mien se rend sans résistance.
Classe, économe d'effets, Aguado en quelques naturelles nous transporte dans cette Séville chère à son cœur.
Comparaison n'est pas raison , et ceux qui voient en lui l'héritier des Morante , Curro et consorts , vont peut-être un peu vite en besogne. Que Pablo soit Aguado et ce sera déjà pas mal!
Dans cette quête commencée sur le tard, il y eut des hauts , il y eut des bas, des moments d'incertitudes et de longues semaines sans contrat. Le talent sans le travail ne sert à rien, le talent sans le mental ne suffit pas.
A vingt-huit ans, certains toreros sont déjà des vieux routiers de l'arène. Pablo lui n'a débuté en piquée qu'il y a quatre ans.
Un soir d'automne 2018 à Madrid, Pablo Aguado a mis la jambe dans les terrains jusqu'alors effleuré en chassant bien des doutes, les siens pour commencer.
La chrysalide se fait papillon…
Alors l'air de rien , sans y toucher , caressant son adversaire de la suavité de ses passes , il a donné à Gamarde une leçon de savoir être, torero jusqu'au bout des ongles.
De l'émotion pure , d'une grâce et d'une fraîcheur presque enfantines comme l'était son sourire en sortant des arènes sur les épaules d'un gaillard du cru.
Les horloges peuvent bien se remettre à marcher , à l'heure d'hiver ou à l'heure d'été , Pablo Aguado a toréé!



dimanche 13 janvier 2019

Encore et toujours

Mes vieilles VHS taurines dorment dans un coin d'un placard depuis bien longtemps.La poussière est devenue une compagne envahissante mauvaise pour leur santé.
Alors il y a quelques jours , pour combler le désoeuvrement volontaire d'une journée de congés, dans un élan nostalgique que provoquait l'année qui tirait à sa fin, j'ai ressorti le magnétoscope des familles pour redonner vie à quelques trésors enfouis.
Voir ou revoir Curro, Paula , Antoñete,… toreros fantasques et baroques, fragiles, pour le pire ou le meilleur, mais sans fadeur aucune.
Sans basculer dans un romantisme fiévreux et délicieusement passéiste, il y a un je ne sais quoi de troublant de penser que ces toreros aujourd'hui n'auraient que peu de chances de s'exprimer.
La tauromachie a évolué avec son temps, les arènes ont du mal à se remplir et quel organisateur aujourd'hui prendrait le risque de pétards majuscules en programmant de tels phénomènes?
Si les vedettes de l'escalafon privilégient le medio toro pour aller prendre la monnaie sans prendre de risques excessifs, les empresas de plus en plus privilégient le medio torero celui avec qui on limitera le risque de la moindre incurie.
Il y a cinquante ans , le peuple avait faim de vivre, à la recherche d'émotions vraies.
La télévision avait deux chaines , et internet n'était sûrement qu'un concept à qui des esprits brillants et nébuleux essayaient de donner vie.
Notre époque est à l'envie et non plus au désir, le besoin naturel étouffe au nom du toujours plus et de l'illimité.
Le blasement comme principal viatique, notre monde ne prend plus le temps de vivre avide de sensations fortes immédiates d'où l'échec doit être banni… une dictature de l'excellence, servie par l'alibi de la nécessaire satisfaction de tous!
Paula aujourd'hui ne trouverait peut-être, plus un contrat même chez lui à à Jerez...trop fragile, trop gitan , trop peureux , pas assez bancable et surtout pas assez fiable et tellement inconstant. Peu importe qu'il puisse tracer sur le sable des véroniques, oeuvres fugaces et éternelles, quêtant un idéal où gloire et argent, n'étaient que de peu d'importance.
Une temporada qui recommence, c'est de l'espoir teinté de douce mélancolie … y croire encore et toujours, un lien indéfectible unissant la mémoire au lendemain et accepter sans fard que le triomphe et l'extraordinaire sont rares par nature.
Dépasser l'entre-soi, refuser les chapelles en respectant les différences, transmettre les émotions bien plus que les livres et refuser l'uniformité mièvre et rabougrie, un bien beau programme finalement!

vendredi 12 octobre 2018

Toréer le silence

Prendre le temps de se taire...
Toréer le silence, pesant compagnon de l'avant.
Vaincre ses chimères dans un geste ample et sûr , appuyer ses effets pour mieux se rassurer.
Se jouer de l'ombre et du soleil qui bataillent, joyeusement, par delà la fenêtre.
Croiser encore et encore le miroir pour vérifier chaque détail.
Se glisser dans cette armure d'or et de tissu, dérisoire et illusoire rempart que l'on souhaiterait pourtant qu'il soit infrangible.
Dans cette vaste chambre , la lumière qui s'engouffre vient caresser des images pieuses de vierges éplorées et de saints protecteurs, qu'une main plus si sûre effleure de temps à autre.
Croire un instant maitriser son destin, et souhaiter qu'au petit matin , la chance au creux d'un papier à cigarette fut de son côté.
Il n' y a même pas une heure , sweat à capuches sur pantalon de toile, un jeune homme se dégourdissait les jambes, un post-ado comme il y en a tant allait et venait dans le quartier Saint-Esprit.
Saint Esprit? En voilà un beau nom quand il s'agit de mettre tous les atouts de son côté au moment de partir toréer.
Bientôt sous les feux de la rampe, ceint du poids des responsabilités à porter, c'est un presqu'adulte qui se recueille une dernière fois avant de quitter le douillet confort en trompe-l'oeil de cette pièce.
Rompre le silence…
Prendre le temps de parler à nouveau, puis partir fier, et regard droit!
Pablo Paez - Bayonne  01/09/2018

vendredi 28 septembre 2018

Le temps d'un doute

Le temps d'un doute , le temps d'un espoir…
Pablo Aguado ce soir confirmera son alternative.
Il y a encore quelques jours, sa saison était finie , sans contrat à l'horizon.
Paco Ureña que ce septembre sanglant n'a pas épargné a dû renoncer.
Dans un trou de souris, Aguado s'est faufilé pour intégrer la feria d'automne madrilène.
Pablo est différent , a quelque chose que les autres n'ont pas.
Seville en avril a fini par s'en rendre compte, et pourtant quelques contrats à peine en cette première temporada de matador de toros.
L'Andalousie aime Pablo Aguado. 
Insuffisant pour faire une carrière et bien réducteur aux yeux de l'aficion.
Ce soir quand Alejandro Talavante lui cédera les trastos, Pablo aura en main son destin.
Quarante minutes pour changer son parcours , quarante minutes pour sortir du rang , quarante minutes pour émerger ou se noyer!
Au moment de quitter sa chambre de l'hôtel Wellington, le poids des responsabilités sera sûrement bien lourd à porter et le court trajet jusqu'aux arènes de Las Ventas bien silencieux.
Et s'il n'a eu que quelques jours seulement pour se mentaliser , il est des fois où il faut savoir ne pas laisser du temps au temps fut-il d'un doute ou d'un espoir

dimanche 23 septembre 2018

Un fils...

Derrière ce geste, tant de peine, tant de larmes…
Être torero…
Endosser tout le poids d'un destin incertain, accepter de sentir à plein nez l'odeur âcre de la mort qui rode.
Sortir de sa condition d'homme et se dresser, libre samouraï, en combattant de l'inutile.
Visser sa montera et devenir un autre.
Ce matin, tôt, Emilio Elias Serrano Justo a appris le décès de son père.
Quelques heures plus tard , de bleu et or vêtu, Emilio de Justo matador de toros, s'apprête à défiler dans les arènes et défier des Victorino Martin.
De l'étoffe des héros?
Non, simplement un fils, douleur intime à fleur de peau portant un chagrin qu'il faut contenir.
Transcender cette épreuve et rester digne et fort.
Émouvante sera la prestation d'Emilio, porté par l'indicible, il ira au bout de son possible.
Devenu spectateur impudique de ce dialogue profondément intérieur, mon cœur se serre au fil des passes dont la beauté ne doit en ce jour que bien peu de choses à la technique.
La blessure est au rendez-vous…
Dans l'infirmerie, Emilio refuse tout intervention et puise dans ses dernières forces, les ressources nécessaires pour repartir au combat.
Quand Mocito finit par rendre les armes Emilio livide, visage creusé , regard dans les nuages, converse une dernière fois avec le ciel.
Il se laisse emporter et disparaît sous les acclamations de la foule bienveillante et bouleversée.
Le temps du deuil commence!