vendredi 18 décembre 2020

The day after..


Rudesse d'un quotidien aux plaisirs absents!
Ne plus interagir socialement et pourtant, ne pas céder à la tentation d'un repli sur soi.
Gérer les paradoxes d'une vie sans joie mais à laquelle s'accroche l'espérance encore vacillante d'un retour à des moments heureux. 
Ah le jour d'après! Celui dont tout le monde rêve, celui de l'après-masque, de l'après gel , de l'après vaccin et d'un virus qui se meurt!
Assurément c'est une question de temps , de semaines ou de mois. 
A l'échelle de l'histoire du monde , rien , à celle de nos petites vies , une presque insoutenable période de ralenti.
Et pourtant , ce jour tant attendu , que va t'on bien en faire!
Retrouver confiance en l'autre , tendre la main, s'étreindre et enlacer sans peur et sans reproche.
De solitaire à solidaire , une seule lettre de différence mais une telle à montagne à gravir! 
Noel à six, réveillon à zéro... 
Mamie dans la cuisine, ha non pardon dans le salon mais masquée, gantée et si possible en visio-conférence!
C'est bien beau tout ça mais à force de pousser mémé dans les orties, nous allons tous l'avoir un peu rouge le derrière!
Tiens aujourd'hui, Séville 2021 remis aux calendes grecques...
La senteur des orangers sur les bords du Guadalquivir au milieu des sévillans en fête c'est pas pour demain encore!
Putain comment y croire à ce lendemain qui rechantera?
Un soleil qui s'écrase sur du béton surchauffé, rougissant les peaux à nu.
Les notes d'un paso qui se perdent dans le ciel soulignant le pas de deux tragique et sublime d'un homme et d'un toro.
Des milliers de voix qui communient à l'unisson d'un olé incandescent! 
Photo qui jaunit dans notre mémoire qui flanche, ou bien juste quelques mois à attendre?
Je veux bien y croire encore un peu mais ça urge les enfants! Parce que le père Noel il ne passe que le vingt cinq décembre et les miracles à part à Lourdes et encore , on n'en voit pas vraiment!
Alors je m'accroche aux annonces de futurs cartels, aux projets de corridas et de ferias à venir , aux sorties au campo,  pour espérer revivre des émotions dont je ne voudrais point m'affranchir. Je n'en peux plus de ces spectacles donnés à la télé devant trois pelés et un tondu qui, disciplinés , quadrillent , les quelques gradins disponibles.
D'un autre côté , s'entasser à beaucoup sur quelques mètres carrés c'est pas très "safe" et on ne sait pas encore si ça le redeviendra vraiment un jour.
Alors il nous faut attendre.
Attendre que les conditions sanitaires soient favorables , que les finances des professionnels permettent d'envisager d'organiser des spectacles , que celles du public soient compatibles avec le prix d'un billet.
La patience est une vertu désuète dans le monde d'internet qui pourtant voit enfin blanchir les cheveux de Curro et Paco Camino fêter ses quatre-vingts ans. 
Mon monde à moi se rabougrit un peu plus chaque jour
Avoir envie ne suffit plus et ce jour d'après , je le redoute autant que je le souhaite car la machine à force de trop d'arrêt est bien grippée et je finis par m'habituer au rien et au néant.
Ne pas céder à la tentation du découragement devient vital!
Au pied de ce mur de lamentations , de toute façon le choix devient restreint!
Rester debout , pour tenter de passer par dessus ou bien tomber vaincu par plus fort que soi.
En torero , prendre sa muleta et l'air de rien dans une délicate coercition, réduire la fureur de la charge brutale de cinq cents kilos de bestiole à poils et cornes puis armes en main la terrasser d'une main sûre.
Comme quoi finalement, avec ou sans métaphore la tauromachie a peut-être encore un avenir! 

samedi 7 novembre 2020

Le spleen de Saint-Esprit

06 Novembre.
Le jour est tombé sur la ville engourdie.
Confinée , Bayonne n'a pas le temps de se réveiller qu'elle doit déjà se calfeutrer.
Le boulot me permet de me déplacer et, sur le pont Saint Esprit que je traverse, l'ambiance crépusculaire me happe.
Je m'arrête l'espace d'un instant et profite du moment. La ville est vide et m'appartient.
J'ai toujours aimé ces ambiances de fin du monde quand la cité s'abandonne au silence.
J'ajuste mon masque sur le visage et la réalité me revient comme un boomerang dont le retour serait mal calculé.
Ce soir j'aurais dû préparer ma valise pour aller rejoindre quelques jours les campos andalous.
J'en aurais profité pour participer à cet anachronique tour espagnol de la reconstruction, Luque et De Justo étant deux très bonnes raisons de le faire.
Ce soir aurait dû être un moment à savourer comme on se régale à l'avance d'un plat que l'on voit mijoter.
Mais ce soir sera un jour ordinaire d'une vie confinée , mis dans une parenthèse au désenchantement dont je ne vois pas la fin.  
Ce soir sur ce pont désert , j'ajuste mon masque...
Ce soir , je prends dans la gueule , une fois encore , un spleen indéfinissable.
Pas celui , poétique de Baudelaire mais celui rampant qui assombrit et rend vulnérable, privé des plaisirs désormais interdits alors qu'ils ne sont même pas coupables. 
L'espoir fait vivre alors en ces temps où il faut savoir se préserver et se protéger les uns des autres , je vais la garder en tête cette folle espérance de pouvoir bâtir à nouveau des projets.
Je vais rêver aux grands espaces dans lesquels quelques noirs taureaux mus par un instinct plus grégaire que solidaire se rassemblent en troupeau, d'une arène de tienta ensoleillée et poussiéreuse , de gradins inconfortables d'arènes, de costumes de lumières d'or et d'argent et de biens d'autres choses moins taurines qui donnent du sel à ma vie.
En attendant portez vous bien et surtout faites gaffe à vous parce qu'une chose est sûre , tant qu'à vivre entre parenthèse , ça serait bien mieux de le faire sans chopper ce virus cadeau de ce cher pangolin!

mardi 27 octobre 2020

Zarathoustra



Vouloir libère!
Deviens ce que tu es, construis ton propre chemin car il n'en existe pas de meilleur.
Fais-le sans te ménager, ne deviens pas malade de trop de facilité et de confort. 
Donne de la joie car c'est le seul moyen pour en recevoir!
Ainsi parlait Zarathoustra, celui de Nietzsche qui dans son oeuvre a fait de ce poète, et prophète perse du monde antique le porteur de sa vision du monde , celle où Dieu est mort, celle où l'homme se doit de déconstruire les valeurs traditionnelles pour s'en construire de nouvelles.
Je ne jouerai pas plus longtemps à discourir du sujet sans tomber dans une fatuité crasse mais en ce vingt quatre octobre en regardant derrière mon écran la prestation d'Antonio Ferrera à Badajoz, j'ai eu l'âme philosophe.
On devine cet homme torturé , l'âme autant bardée de cicatrices que ses jambes, porteuses des stigmates de dizaines et dizaines de coups de cornes. 
Après une carrière de hauts et de bas, ce gladiateur des ruedos est revenu transfiguré après une absence de deux ans qu'une blessure à l'épaule et sûrement quelques démons intérieurs à combattre l'eurent laissé hors circuit.  
Fini le zébulon des débuts , le monsieur 1000 volts, place à un autre ... plus intérieur.
Le masque tombe, la métamorphose agit.
Puis arrive "l'accident".
2019, un pont , Badajoz et une chute dans le Guadiana. 
Plongée dans une abîme toute personnelle, dans les prémices d'une tragédie shakespearienne!
Et pourtant à peine quelques semaines après, phénix renaissant des flammes de son enfer, Ferrera triomphe à Madrid signant une faena baroque , habitée , différente .. tellement personnelle.
Le début d'un chemin ressemblant à nul autre qui passera de nouveau par Las Ventas qui en octobre le fait roi.
Roi sans royaume ni couronne, faute à une temporada 2020 mise à l'arrêt. Un obstacle de plus à franchir!
En cette fin octobre dans sa ville, au volant d'une antique R6 , le maestro de Badajoz a décidé d'arriver en solitaire aux arènes. Quoi de plus logique pour un solo que d'être seul!
Si son carrosse n'a jamais particulièrement brillé par son esthétisme , peu à peu il se fait une place dans le marché des voitures de collection. Prémonitoire?
S'en suivit dans un ensemble singulier, créatif , parfois brouillon car hors norme et toujours émouvant, une démonstration de savoir être et de savoir faire.
Le public rugit, réagit et rend en miroir le plaisir que prend le torero.
Plaisir? Pas toujours car ce fut miracle qu'Antonio ne reparte sur un brancard troué de partout par un dernier Zalduendo jouant avec lui de corne à corne.
La mort n'a pas voulu de lui!
Costume en lambeaux , l'heure du triomphe pouvait sonner et le retour dans la cacugne de chez Renault se faire..Ole y ole!!   
Et pour qui, plus tard les soirs d'hiver, puisera dans son armoire aux souvenirs pour se réchauffer le coeur, il pourra dire de ce soir d'automne à ceux qui n'étaient pas là  "Ainsi parlait Antonio Ferrera".
  

dimanche 4 octobre 2020

Campo abierto!

Cette odeur âcre du cigare qui se consume et se mélange au parfum, fleuri et entêtant, de la voisine de tendido.
Cette chaleur du mois d'août qui t'enveloppe avant qu'une brise marine annonçant l'orage te fasse frissonner.
Cette tension palpable qui te prend au moment du paseo dont la musique résonne comme les trois coups du brigadier laissant le rideau s'ouvrir.
Ces couleurs vives, ces odeurs fortes qui enivrent, ces rencontres de bistrots éphémères en périphérie des arènes...
2020  est une parenthèse désenchantée, qui bouscule le cours de nos existences.
Seul l'esprit parfois vagabond nous rappelle ces petites madeleines dont les recettes varient et nourrissent à tout coup.
L'aficion à los toros,  ma culture ? C'est bien plus que ça...Une tranche de vie, un art de vivre plus que de mourir n'en déplaisent aux fâcheux!
Alors je l'ai espéré cette délivrance d'un retour qui se voulait à la normale...
Puis brutal retour au principe de réalité , un avant qui n'est plus qu'un souvenir et un après âpre, acide, incertain.
Privée d'oxygène , bridée par les interdits , étouffée par ses propres  carcans, la tauromachie se débat dans un désespoir d'une douloureuse intensité.
Je m'y perds dans ma propre aficion.
En tauromachie d'où peut venir le plaisir? Peut-il s'affranchir du superflu, voire du clinquant au profit d'un jansénisme doctrinal? Doit-il rester fidèle à ses principes fondateurs ou bien évoluer avec son temps pour tenter de survivre en ces temps devenus hostiles?
Doit on faire l'économie de creuser des pistes de réflexion pour faire évoluer le produit "tauromachie"?
Ces rencontres au campo qui s'ouvre au public, ces spectacles donnés dans des arènes vidées par la restriction sanitaire et maintenant ces corridas de reconstruction (?!) estampillés FTL, sont ils le signe d'un progrès à venir mû par la modernité ou de la destruction imminente et inéluctable d'un modèle séculaire que nous avons cru immuable?
Ponce n'en finit plus de tracer des A dans le sable des arènes , Castella s'en va.
Roca Rey, Talavante restent inactifs, alors que tant de leurs collègues ne demandent que ça, toréer!
Les novilleros se morfondent, simplement accompagnés de leurs rêves de gloire.
Les arènes de première restent quasi portes closes.
Les ganaderias meurent à petit feu.
Et l'aficionado? Il s'habitue à ne plus sortir le dimanche , s'abonne aux plateformes internet taurines, met la main à la poche pour profiter des quelques miettes disponibles. 
A ce rythme , garderons nous l'envie?
Continuer , croire et exister ! A ce jour peut-être une utopie mais avons nous le choix?
Le danger nous guette, mais le champ des possibles et des impossibles reste ouvert , espérons simplement que ce ne soit pas un simple champ de ruines!


vendredi 1 mai 2020

Blanche et sèche...

Ce jeudi soir , le ciel est gris , le ciel est triste.
La pluie fine termine de plomber une atmosphère de fin du monde , confinement oblige.
Pas un rat, même des villes, à l'horizon..
Je reviens du boulot , sans moral, saisi par l'étrangeté de l'atmosphère.
Petit accroc volontaire à mon parcours traditionnel, je m'en vais aller faire un salut à mes chères arènes bayonnaises.
Derrière les grilles fermées , le toro blanc s'ennuie, trônant sur une esplanade désespérément vide depuis des jours entiers.
Aux murs les cartels de la temporada passée. Le temps se fige!
A moins de croire, mû par une improbable espérance mystique, à un quelconque miracle, les portes de bien des arènes vont rester closes pour un temps, pour longtemps.
Merde alors!!
J'avais prévu de réduire un peu la voilure cette année mais pas comme ça, pas contraint , privé de dessert à cause d'un virus pas très catholique (pas plus juif que musulman d'ailleurs).
Je sais bien qu'avec l'âge , la déprise nous guette et que nous recherchons une présence raréfiée dans l'espace public mais quand même pas si tôt , pas maintenant!
Et pourtant , si choisir c'est renoncer parait-il, cette année nous allons devoir renoncer sans choisir!
C'est une évidence que nous ne ne pourrons esquiver.
La France se ferme aux rassemblements de masse, l'Espagne se recroqueville sur elle même
Il faudrait entrer en résilience...
C'est bien beau cette histoire mais au rythme où vont les choses, on a pas le cul sorti des ronces!
Déjà que c'est plus trop mode la tauromachie, qu'un virus l'étouffe , la fait crever à petit feu.
Lente agonie d'un malade en phase terminale ou bien un rebond après l'administration d'un remède de cheval?
Pour repartir , elle devra s'inventer à nouveau, casser ses propres codes, mettre pour un temps sous le tapis les querelles intestines et les luttes de pouvoir, aller vers un ailleurs!
Je n'ai pas l'âme aventurière de ce bon professeur Raoult et je suis bien incapable de donner des solutions au problème.
Des idées , comme tout le monde je vais en avoir par dizaine mais , ben oui il y a forcément un mais, sans monnaie sonnante et trébuchante, je vais vite prendre un mur pleine face.
Alors je vais attendre que les sachants , que les savants , que les faibles et les puissants se réunissent et se parlent pour tenter de rebrancher les fils.
Âme de bonne volonté, j'irai où le vent taurin voudra bien me porter...
Mais pour l'instant , la pluie tombe et me confine dans la voiture.
A regret je m'éloigne, sans sortir, de ces vieux murs trempés de Lachepaillet.
Les fantômes qui déambulent dans les couloirs déserts se racontent les anecdotes d'un passé pas si lointain.
Pour un temps, je vais vivre de mes souvenirs car même si au final j'ai bien envie d'être crédule , je sais bien au fond de moi qu'elle sera longue cette temporada , une saison blanche et sèche!

jeudi 24 octobre 2019

Dans le couloir, j'attends!

Dans le couloir j'attends…
En ce dimanche qui hésite en soleil et pluie , l'hôtel Amatcho est rempli de supporters de Clermont venu la veille dompter l'Aviron Bayonnais..
Tout ce beau monde petit déjeune d'un air joyeux , maillot jaune arboré fièrement..
S'ils savaient que cette couleur en tauromachie n'est pas du meilleur goût peut être que ces gens revêtiraient-ils une autre casaque?
Au dernier étage , l'ambiance est tout autre … plus feutrée.
Dans une de ces petites chambres , Rafi se prépare.
Rafi est torero. Depuis tout petit, il n'a d'ambition que d'embrasser cette carrière si singulière…
Nous nous sommes croisés un jour de Pentecôte à Nîmes et avons convenu que mon appareil photo et sa montera se rencontreraient un jour dans l'intimité d'un habillage.
Dans le couloir j'attends…
Je vérifie quelques détails techniques.. prends quelques clichés à vide pour être bien sûr de ne pas galvauder le moment par trop d'imprécisons.
Ces moments là, sont toujours chargés en émotions...jamais anodins, chaque seconde passe tellement plus vite que d'ordinaire.
La porte est ouverte, je ne la franchis pas.
Dans le couloir j'attends..
Avoir presque vingt ans , revêtir un costume de lumières, n'est pas très commun en soi.
Le faire dans une chambre sans charme à onze heures d'un matin d'été, relève d'une étrange liturgie dominicale, dont je vais être le témoin privilégié.
Je rêvais de quoi à vingt ans?
Avoir une vie exaltante , pleine d'aventures. Ne pas être un quidam qui courbe l'échine sous le poids des jours qui passent…Si j'ai fait ce que j'ai pu, mes illusions se sont quelque peu égarées et je ne suis pas sorti du rang: du rêve aux chimères!
C'est sûrement cela que j'admire le plus chez ces hommes qui ont choisi un chemin différent.
Libres penseurs, libres faiseurs, ils creusent leur sillon ,  quelque soit le prix à payer.
Dans le couloir je n'attends plus, et je rentre dans la pièce essayant de trouver ma place sans trop déranger.
Clément , le mozo regarde déjà sa montre tandis que Rafi, cheveux rendus hirsutes par la douche aimerait trouver de quoi se sécher la tignasse...la musique remplit la pièce , les paroles se font plutôt rares.
Le torero prend son temps pour revêtir peu à peu son costume gris perle dans un rituel bien huilé, que le déclencheur de mon appareil trouble à peine.
Dans un presque compte à rebours, Clément rythme les derniers gestes.
Brassens chante "les copains d'abord".
Le temps d'un passage devant le miroir pour vérifier les derniers détails et d'enfiler la chaquetilla et la chambre se vide laissant Rafi à quelques instants d'intimité.
Dans le couloir de nouveau j'attends...
J'aime cet instant quand la porte s'ouvre et que tout retour en arrière est impossible.
Dernier tour de clé et d'un pas décidé le torero part à la rencontre de son destin.
Si à vingt ans on a plein de projets , à bien plus de cinquante on collectionne déjà les souvenirs!
C'est pour cela que dès que je pourrai, dans un couloir j'attendrai de nouveau. 





vendredi 18 octobre 2019

Le torero et l'enfant

Bayonne mai 2015.
C'était le temps d'une rencontre avec des enfants.
Le temps des rires, où le futur se conjugue au présent, où les masques tombent pour révéler sans fard la vraie nature des âmes et des sentiments..
Dans un instant de grâce, le rire d'Ivan Fandiño et de la jeune Lysea se mêlent en irradiant les arènes entières.
Quelques secondes auparavant, dans un pas de deux improvisés, ils vont faire tourner autour d'eux un petit veau.
Au fil du temps, Lysea s'accroche de plus en plus aux bras protecteurs du torero dans une étreinte allant grandissante et touchante.
Fandiño rend les armes devant tant de fougue.
Dans un rire conjugué qui explose en éclats , ils reviennent aux barrières unis dans une complicité que l'on pourrait croire ancienne…
Dans cette journée chère à ma mémoire, je me rappelle de ce jeune garçon autiste se laissant apprivoiser par le lion.
Devant les yeux de sa maman émue il accepta d'être guidé, donnant sa confiance sans retenue lui naturellement si distant, si méfiant.
Personne ne se rendit compte de sa différence!!!
Quelle leçon!
Un enfant ne triche pas et sait vous rendre immédiatement ce que vous lui donnez, magie de l'innocence!
Cocteau disait "la haine est absente d'une corrida , n'y règnent que la peur et l'amour!". Ce cliché en est la simple et parfaite illustration, c'est sûrement pour cela qu'il continue à m'émouvoir quand je le regarde.

jeudi 3 octobre 2019

Comme dirait Cambronne!

D'aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours aimé la corrida.
Toujours ? C'est peut-être un tantinet exagéré mais depuis ma journée initiatique le 14 juillet de l'an 73 du siècle dernier cette vérité s'est imposée à moi.
Pourtant mes parents ne sont pas aficionados pour deux sous.
Ont ils été complètement inconscients et indignes de me laisser le choix alors que je n'avais que huit ans de suivre mes cousins dans arènes de Lachepaillet ?
Ont-ils fait de moi un abject proselyte assoiffé de violence et de sang traumatisé à jamais ?
L'annonce d'un projet de loi visant à interdire aux mineurs de moins de 16 ans l'accès aux corridas pourrait le faire penser...
Tartufferie!!Moralité à deux balles , bien-pensance nauséabonde et castratrice!
Sur quelle base , nos éventuels législateurs s'appuieront-ils pour justifier de la nocivité de la corrida sur le développement mental de nos chères têtes blondes?
Dans une époque gangrénée par la haine et la violence, c'est d'une absurdité sans nom.
Devenu grand et parent à mon tour, j'ai laissé mes enfants découvrir la corrida, laissant leur libre arbitre décider du moment… Ils ne seront pas aficionados.
Ni révulsés, ni traumatisés. Pas forcément indifférents aujourd'hui jeunes adultes il leur arrive de loin en loin de fréquenter une arène sans passion mais aussi sans culpabilité.
De quoi devrait-on se sentir coupable?
Les animalistes de tous poils n'auront aucun mal à psalmodier leur litanies d'arguments spécieux et d'insultes ostracisantes.
Pour ma part, je n'ai aucun mal à admettre que l'on soit choqué profondément par la tauromachie. Je suis tout aussi choqué que l'on veuille la réduire dans une lecture au premier degré, à un simple anachronisme survivance de temps anciens qu'il convient de supprimer, au nom des dictats des nouvelles façons de penser.
"La garde meurt mais ne se rend pas" aurait dit le général Cambronne aux anglais le sommant de déposer les armes lors de la douloureuse bataille de Waterloo.
On sent bien quelque part que l'étau se resserrant, nous aficionados, finirons peut-être par en être réduit à dire la même chose à nos adversaires de tous poils.
Alors tant qu'il en est encore temps , je retiendrais plutôt la version du moment par Victor Hugo pour la faire mienne  qui fit dire au même homme, en une version plus abrupte de la réponse du général, un simple "merde".
Voilà mesdames et messieurs les censeurs , je vous emmerde…
Et si cela ne fait pas avancer la cause , au moins ça me soulage!!!

NB: Cambronne ne mourut point et finit par se rendre!!


jeudi 26 septembre 2019

Dans l'oeil de Cayetano

Il y a bien longtemps en 1984, dans un bled d'andalousie , Paquirri rencontrait le corne d'Avispado.
Mortellement touché, l'enfant de Barbate ne put supporter le transport vers Cordoue qu'un corps médical dépassé devant le peu de moyens de l'infirmerie avait fini par ordonner.
Cette date pour les aficionados restent bien entendu particulière mais comme avec le temps tout s'efface parait-il,  elle n'est devenue pour beaucoup qu'un moment tragique de plus de l'histoire taurine d'un torero rentré dans la légende..
Pour Francisco et Cayetano , c'est un père qu'ils ont perdu, qu'ils ont trop peu connu.
Je ne sais pas ce que l'on peut ressentir de grandir sans papa , sans cette figure tutélaire nécessaire  pour se construire ...
C'est en tout cas, une étrange trajectoire que celle qu'ils ont choisi en épousant la profession qui a fauché leur père .
Il y a à peine plus d'un mois dans une anonyme corrida à Huesca , mon objectif a rencontré l'oeil de Cayetano.
Dans cet oeil , mes vieux souvenirs ont ressurgi.
Dax 1977, l'orage , Cariñoso d'Atanasio Fernandez, les deux oreilles et la queue, une faena d'anthologie à jamais dans mon panthéon personnel.
Paquirri était un maestro, un torero poderoso, un de ceux que l'on ne donne jamais perdant et pourtant...
A Huesca, Cayetano n'était pas décidé , irrité par le vent, les toros.
Peut-être se souvenait-il qu'en ces lieux en 2015 , Fran Rivera son frère faillit perdre la vie subissant un terrible coup de corne.
Le destin plus clément, l'épargna ...
Fran heureusement n'aurait de point commun avec son père que le sobriquet de "Paquirri" dont il s'affubla dans une fin de carrière poussive allant jusqu'à planter (sans grand talent) les banderilles dans un mimétisme racoleur et inutile.
Cayetano, épousa la carrière tardivement et sa belle gueule fait souvent la une des magazines people faisant de lui , un torero de papier glacé.
On ne saura jamais si en ce funeste jour de septembre , la médecine avait pu sauver Paquirri, ses deux enfants auraient choisi d'épouser la carrière taurine, traquant sûrement quelque démon personnel.
En tout cas en ce 13 août dans cet oeil clair qui me regardait c'est un peu de mon adolescence que je revis .... c'est un peu de Paquirri qui me fixait , et son souvenir qui me traversait.
Il y a trente cinq ans Francisco Rivera Perez "Paquirri" nous quittait

dimanche 12 mai 2019

A quoi bon penser à demain?

Séville se languit.
Morante n'est plus vraiment lui-même.
Capable de fulgurances sublimes et inabouties, la flamme de l'artiste de la Puebla n'a plus la vigueur d'antan.
Séville attend.
La statue de Curro devant la Maestranza devient lieu de pèlerinage.
On y retrouve l'âme taurine de l'endroit, faite d'élégance ,de fierté et d'un certain minimalisme.
En cette semaine de mai de la feria d'avril , Juli et Roca Rey ont soulevé l'enthousiasme d'un public que l'on dit différent d'avant.
Séville soupire.
Quand pourra t'elle s'abandonner sans se renier?
Du bout des lèvres elle flirte avec Pablo Aguado depuis que par une chaude nuit d'été alors jeune débutant , il fut à deux doigts de sortir en prince par cette porte qui fait rêver tout torero qui foule ce sable à la couleur si spéciale.
En ce vendredi, Séville va se rendre.
En une faena courte et intense Aguado ressuscite Pepe Luis Vasquez.
Les olés de la foule se font caresses.
Porté par cet amour enfin exprimé sans retenue, Pablo s'ouvre.
Plus de place au doute, tout n'est plus que douceur et don de soi.
Séville chavire.
La Maestranza se met à nu lors du deuxième acte , corps et esprit lâchent prise à l'unisson. Impudique , elle jouit de l'instant, crie son plaisir en un flot ininterrompu.
Blanche jusqu'aux cintres, une marée de mouchoirs colore l'arène.
La puerta del principe s'ouvre en grand au son des "torero, torero" qui donnent le frisson.
Séville est rassurée.
Elle le tient enfin l'héritier de cette tauromachie si andalouse mieux encore si sévillane faite de naturalité et de raffinement.
Pour Pablo tout sourire , emporté par la multitude, il n'est pas encore temps de penser au lourd fardeau qu'il va désormais porter sur ses épaules. Ce n'est pas rien d'être l'élu!
Le soleil tombe sur le Guadalquivir, le crépuscule à peine naissant colore le ciel, une douce chaleur nous enveloppe. A quoi bon penser à demain ?