dimanche 12 mai 2019

A quoi bon penser à demain?

Séville se languit.
Morante n'est plus vraiment lui-même.
Capable de fulgurances sublimes et inabouties, la flamme de l'artiste de la Puebla n'a plus la vigueur d'antan.
Séville attend.
La statue de Curro devant la Maestranza devient lieu de pèlerinage.
On y retrouve l'âme taurine de l'endroit, faite d'élégance ,de fierté et d'un certain minimalisme.
En cette semaine de mai de la feria d'avril , Juli et Roca Rey ont soulevé l'enthousiasme d'un public que l'on dit différent d'avant.
Séville soupire.
Quand pourra t'elle s'abandonner sans se renier?
Du bout des lèvres elle flirte avec Pablo Aguado depuis que par une chaude nuit d'été alors jeune débutant , il fut à deux doigts de sortir en prince par cette porte qui fait rêver tout torero qui foule ce sable à la couleur si spéciale.
En ce vendredi, Séville va se rendre.
En une faena courte et intense Aguado ressuscite Pepe Luis Vasquez.
Les olés de la foule se font caresses.
Porté par cet amour enfin exprimé sans retenue, Pablo s'ouvre.
Plus de place au doute, tout n'est plus que douceur et don de soi.
Séville chavire.
La Maestranza se met à nu lors du deuxième acte , corps et esprit lâchent prise à l'unisson. Impudique , elle jouit de l'instant, crie son plaisir en un flot ininterrompu.
Blanche jusqu'aux cintres, une marée de mouchoirs colore l'arène.
La puerta del principe s'ouvre en grand au son des "torero, torero" qui donnent le frisson.
Séville est rassurée.
Elle le tient enfin l'héritier de cette tauromachie si andalouse mieux encore si sévillane faite de naturalité et de raffinement.
Pour Pablo tout sourire , emporté par la multitude, il n'est pas encore temps de penser au lourd fardeau qu'il va désormais porter sur ses épaules. Ce n'est pas rien d'être l'élu!
Le soleil tombe sur le Guadalquivir, le crépuscule à peine naissant colore le ciel, une douce chaleur nous enveloppe. A quoi bon penser à demain ?

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